Sciences humaines et sociales et transition énergétique : analyse de la pratique

ClubInnovationJ’ai animé deux ateliers d’analyse de la pratique où les participants ont mené collectivement l’analyse d’initiatives d’accompagnement du changement  sur le développement du compostage collectif en pied d’immeuble au Grand Besançon – avec Elodie Pauthier-Technicienne compostage SYBERT et  Jean Touyard coordinateur de l’association – Trivial Compost.

Les sciences humaines et sociales au service de la pratique

Rencontre du Club Mobilisation franco-suisse pour la transition énergétique

Communauté urbaine du Grand Dijon

Jeudi 14 janvier 2016 de 9h30 à 17h00

Programme de la journée : Club mobilisation_Dijon14 janvier 2016_Programme

Document expliquant le dispositif : Présentation Démarche de Compostage – Sybert

Le compte-rendu complet de cette journée est disponible sur le site d’Energy-Cities, avec des liens directs :

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Animation et analyse de la pratique : deux positionnements divergents

Commençons par remercier grandement les équipes qui ont rendu cette journée possible : une énorme organisation avant, pendant, et après ! De l’animation de réseau, de la persévérance, de la diplomatie, beaucoup de rédaction, d’administration, de prises de notes, de synthèses… Bref, un grand merci pour la qualité de toutes ces activités !

En tant qu’animateur, ce sont toujours des moments à la fois intéressants et frustrants ! Je m’explique : les conditions sont rarement réunies pour dynamiser une démarche didactique de co-construction de l’objet d’étude, à savoir ici comment évaluer un dispositif de compostage collectif initié et organisé par une collectivité, qui elle-même délègue la partie de l’accompagnement à une association. Pour mener à bien un tel objectif dans une visée didactique, nous aurions eu besoin d’une journée complète avec une dizaine de participants : que chaque personne construise son propre parcours d’élaboration de l’analyse demande effectivement beaucoup plus de temps, dans un processus heuristique, où l’on a le temps de convoquer références et savoirs, de les confronter aux terrains, et d’en tirer des enseignements clairs et synthétiques.

Tout est une question d’offre initiale sur laquelle s’entendre afin de « cadrer » et d’équilibrer les horizons d’attente. Lorsqu’il s’agit d’initiation, de donner envie, d’aborder un champ en en faisant le tour sans pour autant en expérimenter chaque sillon, alors on peut dire que l’objectif est atteint. Nous ne disposions que d’1h30 pour réaliser ces ateliers (et celui de l’après-midi a été raccourci), avec jusqu’à 25 participants. Nous avons donc opté pour la technique de réflexions en petits groupes, sur une série d’interrogations aptes à « guider » le remue-méninge et amener à soulever certains points clés nécessaires à l’évaluation.

Atelier analyse de la pratique Sybert

Atelier analyse de la pratique Sybert

Les retours sont intéressants car mitigés. Tout d’abord, la moitié des participants seulement a ensuite répondu à un questionnaire de satisfaction (fort bien fait, laissant beaucoup de place à l’expression libre, enfin !). Les avis divergent sur la forme avec la part habituelle de personnes qui trouvent que c’est trop court face à ceux qui trouvent que c’est trop long ! Globalement : les avis « satisfait » et « très satisfait » l’emportent largement sur les avis négatifs, pour toutes les questions.

Et l’éthique, dans tout ça ?

Un-e des participant-e-s a insisté dans ses réponses sur le manque de réflexion sur les dimensions éthiques présentes à la fois dans les apports théoriques et dans les ateliers, leur animation et leur déroulement. Bonne question effectivement, c’est à mon avis une dimension sur laquelle nous avons pêché. En reprenant un mois après les divers documents, plusieurs affirmations sont contestables effectivement d’un point de vue éthique. J’ai moi-même tenté d’en aborder certaines, encore une fois dans un contexte qui ne s’y prêtait guère d’un point de vue dialogique donc communicationnel. Par exemple, il apparaît que ces thématiques sont toujours étayées par une vieille notion fondamentale dans nos sociétés judéo-chrétiennes : l’antagonisme du Bien et du Mal.

Comme si, poussé à l’extrême, certains d’entre nous détiennent la Vérité de ce qui est bien, et sont donc en position de juger ce qui est mal. Se posent alors les questions des rôles et places de chacun, de la simplification à outrance d’une réalité systémique complexe (merci Edgar Morin), du respect de l’autre, de l’interculturalité, de l’équité… On parle bien « d’égalité réelle » tant nos constitutions ne se révèlent que de grandes déclarations que nous sommes collectivement incapables de réaliser !

De quel droit peut-on se poser comme le détenteur de la Vérité dont découle ce pouvoir de juge et arbitre sur l’Autre ?

Voilà un questionnement qui certes nous remet tous en question, et que nous devrions mener, non ?

Activité vs Travail : révolutionner la mobilité

Ce qui m’a également manqué : pousser la réflexion collective plus en profondeur sur les nécessaires changements paradigmatiques à lancer, ce qui n’est pas étranger aux questionnement éthiques et déontologiques dont nous venons de parler.
En fin de journée, les organisatrices ont demandé un dernier mot aux « experts en SHS », rôle que nous assumions Lara Mang-Joubert, consultante et formatrice à la Scop OXALIS, et moi-même. Pour ma part, j’ai élargi le débat en posant la question des besoins de mobilité et des leviers pour agir sur ces besoins. Je profite de cet espace pour approfondir ce que j’avais en tête, puisque visiblement je ne suis pas allé aussi loin ce jour-là.
Nous savons tous que la mobilité est l’une des sources majeures de pollution et de production de déchets à l’heure actuelle : que faisons-nous collectivement pour réfléchir à maîtriser nos diverses mobilités ? Une part importante de ces mobilités est due aux trajets domicile – lieu de travail, c’est une mobilité rendue obligatoire dans notre modèle économique. Il convient donc de s’interroger sérieusement non plus sur nos modes de mobilité pour aller travailler, mais sur le travail en lui-même, sa forme, les valeurs qu’il suppose. Cela nous amènera certainement à revoir collectivement l’équilibre entre activité sociale et travail salarié.  En cela, le Revenu de Base est peut-être une piste intéressante à explorer.

Les arguments apportés par les divers mouvements prônant le Revenu de Base, ou Revenu Inconditionnel, ou encore Allocation Universelle, panier minimum… vont dans ce sens, quel que soit le nom choisi. Les modalités concrètes en sont encore discutées, mais l’idée fondamentale fait sérieusement son chemin : l’Humain n’est pas fait pour travailler, dans une relation marchande de subordination comme nous connaissons le travail actuel. L’Humain a des besoins, dont celui d’activités, non seulement pour survivre, mais également pour faire corps avec sa communauté. Son action crée du lien, de la relation, donne du sens au groupe, « fait société ».

Le Revenu de Base permettrait de s’affranchir d’un mode social dépassé fondé sur des relations de pouvoir, de violence, de hiérarchie subie. Cette idée commence à être défendue par des personnes de tous bords politiques (Isabelle Attard, députée apparentée écologiste ; Christine Boutin ; des chrétiens démocrates européens ; des économistes, avec parfois de dangereuses récupérations), et de toutes origines sociales comme géographiques. Sans démêler les méandres actuels qui agitent les réflexions sur cette notion, ce qui m’intéresse particulièrement est la possibilité de co-construire une nouvelle organisation sociale, comme le Mouvement de Transition que Rob Hopkins a pu lancer depuis une dizaine d’année (je conseille vivement à tou.te.s la lecture du très bon Manuel de Transition, à commander en librairie ou directement sur le site de la revue S!lence).

Bien entendu, j’ai ici développé plus que je n’en ai dit en cette fin d’après-midi, où nous étions tous fatigués après tant de présentations et d’activités de réflexion. Nous avons déjà écrit en ce sens au sein du réseau INTI, il va nous falloir compiler ces pensées et en faire une synthèse…

Cyril Masselot

MCF en Sciences de l'Information et de la Communication, pour l'accompagnement du changement social : transition, latéralité, empathie, intelligence territoriale.

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