CGET, Séminaire « Diagnostic Territorial, un outil en crise ? » – 28/01/16

J’ai été invité le 28 Janvier 2016 à participer à un séminaire interne au Commissariat Général à l’Égalité des Territoires (CGET) sur un sujet plus qu’important à l’heure actuelle : « Diagnostic Territorial, un outil en crise ? »

La journée s’est organisée autour de 3 questions le matin, en plénière, puis en ateliers l’après-midi.

NdA : Les commentaires qui suivent sont mes notes de préparation, je n’en ai pas terminé la rédaction, la réflexion se poursuit donc et ce texte sera édité jusqu’à disparition de cette note !

Diagnostic territorial, quel imaginaire ?

Dans un 1er temps, les réflexions ont été guidées par toute une série de questions : quel imaginaire préside au développement des diagnostics territoriaux (imaginaires politique, administratif, scientifique, etc.) ? On espère quoi, on croit à quoi quand on demande/réalise un diagnostic ? Pourquoi la répétition de ce besoin de diagnostics territoriaux ?

En fait, il s’agit de s’interroger sur leS imaginaireS, qui dépendent étroitement de la relation de chacun à la « res publica« , tant dans sa sphère individuelle que dans ses représentations professionnelles.

Dans les divers sens du terme diagnostic, celui qui est immédiatement convoqué par le grand public est celui auquel il est le plus fréquemment confronté tout au long de sa vie : celui du diagnostic médical.

Dans les représentations de ce grand public, le diagnostic est donc associé à une situation problème : un diagnostic est posé par un médecin, avec toute l’épaisseur signifiante de l’autorité scientifique moderne alliée à l’imaginaire lancinant du sorcier guérisseur chaman dont nos civilisations portent de nombreuses traces actives (rebouteux etc.)

Pour les acteurs territoriaux au sens large, en charge de l’aménagement du territoire, des aspects de santé, d’autonomie, d’insertion, de mobilité etc., la posture professionnelle conditionne une logique de processus qui nécessite en input une alimentation en informations (et non pas en données, nuance importante), des méthodes de traitement et d’analyse afin de les transformer en preuves et arguments d’aide à la décision, d’où la fréquente analogie au tableau de bord d’un véhicule qui permet de surveiller les divers paramètres de la conduite.

La vision est alors techno-centrée dans une approche souvent top-down des territoires (cf. la drône géographie) que les versions participatives des DT tentent de dépasser.

Rationnalisation, tendance managériale, nombreux risques de simplification.

Les élus (les généralisations sont toujours trop globalisantes, il faudrait enquêter sérieusement sur la question) ont la même approche que celle du grand public, avec en plus une pression (autosuggérée et/ou extérieure) qui au final a tendance à en exacerber les côtés magiques liés à la croyance initiale.

Autre aspect non négligeable : le sentiment du devoir effectué. La non spécialisation des élus implique souvent une méconnaissance légitime de détails techniques inhérents aux diverses facettes de nos quotidiens. Il n’est pas agréable de se savoir en porte-à-faux, surtout confronté à des réunions où l’on soumet à votre décision des propositions qui reposent sur des technicités inévitablement barbares à vos oreilles… Le DT peut alors être une piste, qui, instrumentalisée par les acteurs – techniciens, devient un objet de médiation politique porteur de la symbolique du devoir accompli (« j’ai fait faire un D pour connaître le T ») justifiant ainsi son rôle d’élu politique local ; dans le même temps, pour l’acteur – technicien, le DT est un outil de conviction revêtu des apparats de la science et de la raison, qui peut parfois porter les traces des décisions déjà dessinées par ces mêmes acteurs techniciens.

C’est donc également une forme médiée de manipulation politique.

De nombreuses expériences de terrain ont montré également la frustration de certains élus lorsque les procédures de DT sont trop longues à leur goût (cas du participatif par exemple) ou encore lorsque les résultats ne sont pas immédiatement entendables, intelligibles, transformables en action sans un accompagnement de fond comme l’accompagnement au changement le préconise.

Renvois symbolique à l’autorité de la science, imaginaire du médecin qui va examiner le patient

Donc implicitement territoire = patient, donc connaît des difficultés, des problèmes, est malade et on va le soigner

Donc on part de l’idée que l’on va mal, et qu’un savant extérieur va résoudre ces problèmes. Relation à l’autorité et déresponsabilisation.

Approche experte donc confrontation d’imaginaires divers.

Sérieux, raison, justice, égalité, éthique, bien commun…

La notion de croyance est donc ici primordiale, certains élus prônant le DT comme une solution miracle aux problèmes rencontrés.

À la manière de l’enfant malade à qui on demande s’il a de la température et qui répond que non, car le docteur vient de la lui prendre…

=> ATTENTION définitions non explicites du « territorial » ni du Territoire

Un gros sous-entendu chez les acteurs (lato sensu) : le mien, encore faut-il le définir (implantation vs zone d’intervention). N’est pas celui des autres acteurs, de divers élus, ni celui des gens dans plusieurs cas ! N’est pas perçu non plus de la même manière.

On diagnostique quoi ?

Ce qui va bien, ce qui va mal, des politiques publiques, des problèmes sociaux, des usages ou des pratiques, des territoires, des habitants, des besoins, des flux, des évolutions, des stocks, etc. Quelle est la réalité que font apparaître les diagnostics territoriaux ?

Quelle prise sur la réalité ?

En quoi le diagnostic permet-il d’agir ? Quelles sont ses fonctionnalités ? Quelles formes d’action résultent (ou non) du diagnostic ?

27ème Région et SuperPublic à propos du Diagnostic Territorial

27ème Région et SuperPublic

Catalyse, méthode et outils

L’après-midi, j’ai introduit un atelier en y présentant la méthode d’ingénierie territoriale Catalyse, fondée avec JJ Girardot de 1990 à 2000, maintenant poursuivie par la Scop Acokima, créée en septembre 2015 :

Catalyse, Méthode et outils

Catalyse, Méthode et outils

 

Catalyse est une méthode d’ingénierie territoriale participative, issue de la recherche publique et éprouvée depuis 30 ans en Europe, en Asie, en Amérique Latine, et en Afrique du nord.

Elle confronte la demande des populations à l’offre et aux potentialités du territoire, pour co-construire des initiatives locales de transition socio-écologiques.

Catalyse utilise les TIC pour adapter aux besoins professionnels des méthodes et des instruments scientifiques d’analyse statistique et spatiale de données, des systèmes d’informations, des protocoles de gestion et d’évaluation de projets ainsi que des bases de connaissances.

La méthode CATALYSE confronte trois types d’informations et utilise à cette fin trois séries d’outils :

  1. Les outils de diagnostic et d’évaluation (en jaune sur le schéma) mutualisent et traitent les informations individuelles multisectorielles pour définir des profils de besoins et pour en mesurer l’importance, afin de proposer les services adaptés à ces besoins. Les mêmes outils servent également à évaluer les actions qui délivrent des services aux personnes :
    • Le guide de diagnostic et d’évaluation recueille les informations individuelles selon une approche multisectorielle. Ce guide est divisé en thèmes comportant plusieurs questions.
    • Le logiciel PRAGMA organise la collecte des données, calcule les bilans, tris croisée et tableaux de bord quantitatifs.
    • Le logiciel d’analyse qualitative multicritère ANACONDA établit une typologie des personnes en fonction de leurs profils de besoins.
  1. Le répertoire de services (en bleu sur le schéma) est une base de données actualisable et consultable en ligne. Il inventorie les services aux personnes accessibles aux habitants du territoire. Chaque service est décrit grâce à un formulaire dont les contenus sont structurés, comme pour le guide, en thèmes, descripteurs et modalités. La correspondance entre les questions du guide et les descripteurs du répertoire permet la comparaison entre les besoins diagnostiqués et les services inventoriés. Cette confrontation entre demande et offre permet d’évaluer la pertinence des services existants et d’identifier les services manquants, de façon à adapter l’offre de services aux besoins exprimés.
  2. Le système d’indicateurs territoriaux (en vert sur le schéma) intègre une sélection d’informations à caractère socio-économique décrivant le territoire et la communauté territoriale. Ces données sont constituées et fournies par les services statistiques d’institutions spécialisées. Certains indicateurs sont accessibles en ligne. Le système d’indicateurs territoriaux édite des cartes de besoins, de services et d’indicateurs territoriaux. Elles permettent de comparer la répartition territoriale des besoins avec celle des services et, éventuellement, avec les indicateurs territoriaux, pour optimiser la localisation des services.

L’objectif fondamental est d’inventer et d’organiser des initiatives, structurant le changement social sur un territoire. Le développement est entendu ici au sens de Jean-Marie Gourvil (2010) qui exprime l’importance de favoriser le passage des actions collectives au développement social local en prônant : « la synergie entre les dynamiques exogènes et endogènes des politiques publiques et la mobilisation participative ». Enfin, la compréhension des besoins d’une communauté impacte celle des indicateurs territoriaux.

Dans un observatoire « classique », il s’agit surtout d’exploiter et d’analyser des indicateurs territoriaux venant de données officielles, et de rédiger un rapport explicatif. Ces approches font rarement appel à l’expression des besoins par les populations elles-mêmes, pour des raisons de temps et de coût. La méthode Catalyse permet de structurer des systèmes de collecte de données au plus près des usagers, à un moindre coût, tout en transférant aux acteurs les savoirs faire experts :

  1. formation des acteurs à l’expertise territoriale, méthodes et outils
  2. co-construction de chaque outil de manière collective et participative
  3. comparaison systémique des besoins, ressources et indicateurs territoriaux
  4. garantie de la pérennité des projets par l’appropriation de la méthode.

Les acteurs sont positionnés en tant qu’experts en apprentissage.

 

Cyril Masselot

MCF en Sciences de l'Information et de la Communication, pour l'accompagnement du changement social : transition, latéralité, empathie, intelligence territoriale.

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